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Le syndrome de l’intestin irritable (SII)

1. Qu'est-ce que le Syndrome de l'intestin irritable ?

Le syndrome de l’intestin irritable également appelé “colopathie fonctionnelle” correspond à un trouble du fonctionnement de l’appareil digestif (intestin grêle, côlon). Il s'agit d'un trouble dit “fonctionnel” car la fonction de l’organe est perturbée, sans cause organique identifiée.
Il concerne au moins 5 à 10% de la population française avec un âge moyen de diagnostic entre 30 et 40 ans (même si ce syndrome peut apparaître à tout âge). 

Les symptômes peuvent inclure :

  • douleurs abdominales ;
  • ballonnements ;
  • troubles du transit intestinal à type de diarrhée ou de constipation (ou une alternance des deux) ;
  • brûlures ;
  • inconfort.

Mais aussi des symptômes extra-digestifs comme des maux de tête, une fatigue importante (asthénie), des bouffées de chaleur ainsi que des douleurs musculaires. 

Ces symptômes peuvent être chroniques, avec des pics et des périodes d’accalmie récurrentes, ont un retentissement significatif sur la qualité de vie, représentent une gêne dans la vie quotidienne et peuvent générer de l’inquiétude face aux symptômes.  

En effet, la fonction digestive est perturbée, sans qu'une lésion organique explique les symptômes, ce qui peut expliquer l’errance médicale dont souffrent les personnes concernées. Pour autant, les symptômes sont réels, même lorsqu'aucune anomalie organique évidente n'est décelée.

2. Quels sont les mécanismes du Syndrome de l’intestin irritable ?

Ce syndrome peut conduire à l’accélération et/ou au ralentissement du transit provoquant ainsi des diarrhées et/ou des constipations.

  • En effet, si les contractions de l’intestin grêle et du côlon sont trop fortes, alors les aliments se déplacent trop rapidement entraînant une diarrhée.
  • A l’inverse, si les contractions de l’intestin grêle et du côlon sont trop faibles alors les aliments se déplacent trop lentement entraînant une constipation.

Le système digestif est constamment soumis à des stimulations :

  • mécaniques : distension de l'estomac et de l'intestin lors du passage des aliments ;
  • thermiques : chaud/froid ;
  • chimiques : composition des aliments (protéines, glucides…).

Chez la plupart des personnes, ces stimulations sont non conscientes et indolores. Toutefois, chez les personnes avec le syndrome de l’intestin irritable, il existe une hypersensibilité viscérale liée à une modification de traitement de ces informations par le cerveau. Les stimulations habituellement non douloureuses provoquent alors de l’inconfort, voire de la douleur, et sont plus intensément ressenties. 

Ainsi, la communication et le traitement des signaux entre l'intestin et le cerveau sont perturbés. 

L'intestin et le cerveau communiquent continuellement, donc ce qui se passe dans l'appareil digestif peut influencer le cerveau, mais le stress et les émotions peuvent également influencer le fonctionnement digestif.

Les signaux provenant du système digestif participent à la perception de l'état interne du corps : l'interoception.

Dans le syndrome de l’intestin irritable, nous pouvons constater, dans le microbiote, une dysbiose, c’est-à-dire un déséquilibre dans les populations microbiennes qui résident de manière normale dans le système digestif, avec une dominance de populations bactériennes pro-inflammatoires qui favorisent la douleur et la formation de troubles de l’organe (ballonnement, diarrhée, constipation, paresse gastrique…).

Nous pouvons constater une augmentation anormale du nombre de protéases (enzymes de dégradation des protéines) favorisant la perméabilité intestinale chez une partie des personnes concernées, facilitant ainsi le passage de certaines molécules pro-inflammatoires augmentant l'hypersensibilité intestinale. 

Aussi, une micro-inflammation de la muqueuse intestinale est présente, elle reste trop faible pour être détectée par les examens sanguins mais participe aux symptômes.

La consommation d’aliments sucrés et/ou gras peut favoriser la dysbiose au sein du microbiote intestinal, augmenter la sensibilité de l’intestin et, par conséquent, générer de la douleur.
Par ailleurs, une consommation élevée d’aliments ultra-transformés peut contribuer à l’aggravation des douleurs.

Nous pouvons constater une influence des hormones sexuelles, notamment de l’oestrogène et de la progestérone dans ce syndrome. 

Tout d’abord, les femmes sont plus touchées que les hommes avec un sex-ratio de trois femmes pour un homme en Occident. 

De plus, les poussées de ce syndrome coïncident parfois, chez les femmes souffrant de ce syndrome, avec leur cycle menstruel. Ainsi, les variations hormonales affectent le fonctionnement de l’intestin, provoquant davantage de ballonnements et de diarrhées. 

De ce fait, l’aggravation des symptômes peut se produire également durant la grossesse ou la ménopause.

3. Quel rôle ont les facteurs psychologiques et sociaux sur le SII ?

Les facteurs psychologiques et sociaux peuvent jouer un rôle dans l’apparition ou l’aggravation des symptômes du syndrome de l’intestin irritable.

  • Les expériences stressantes précoces : les stresseurs et événements traumatiques (harcèlement, violence, négligence, abus sexuels…) vécus pendant l’enfance et l’adolescence vont perturber les zones du cerveau en cours de développement (hippocampe, amygdale, cortex préfrontal).
  • L’exposition à des événements traumatisants (ex : guerres, attentats…).
  • Le stress chronique à l’âge adulte va générer une surcharge cognitive qui va provoquer une panique se manifestant par des douleurs.
  • L’humeur dépressive, l’anxiété et la fatigue.
  • L’incertitude liée au diagnostic et le sentiment de ne pas être cru ou compris liés à la longue errance médicale peuvent provoquer et/ou renforcer le stress.

L’ensemble de ces facteurs psychologiques vont, dans le syndrome de l’intestin irritable, perturber l’axe cerveau-intestin en modifiant notamment la motricité intestinale et augmenter la sensibilité viscérale.

4. Quel impact sur la qualité de vie ?

Les conséquences du syndrome de l’intestin irritable ont un retentissement dans de nombreuses dimensions de la vie de tous les jours :

  • La vie sociale : évitement et restriction des sorties (restaurant, loisirs etc…) par crainte des douleurs ou du besoin urgent d’aller aux toilettes.
  • Le travail et/ou les études (arrêt de travail, baisse de la productivité, absentéisme, difficulté de concentration).
  • L’alimentation : restriction de certains aliments par peur de déclencher des symptômes.
  • Les déplacements : anticipation de l'accès aux toilettes et/ou peur d'une crise pendant un trajet.
  • Les coûts économiques (consultations, réalisations d’examens, soins, traitements, arrêts de travail).
  • Le sommeil : la douleur et les autres symptômes peuvent perturber le sommeil.

5. Comment diagnostique-t-on le SII ?

Aujourd’hui, aucun test diagnostique n’existe afin de diagnostiquer le syndrome de l’intestin irritable. Toutefois, les professionnels de santé se basent sur l’évaluation clinique et l’élimination d’autres pathologies pour identifier le syndrome de l’intestin irritable.
Selon les critères de Rome IV, pour attester de la présence du syndrome de l’intestin irritable il faut que les symptômes aient été présents au moins un jour par semaine durant les trois derniers mois depuis plus de 6 mois.
Le diagnostic de syndrome de l’intestin irritable reste valable même en présence de périodes de répit, car les critères de Rome IV exigent seulement qu'une moyenne minimale de symptômes soit atteinte sur plusieurs mois, au sein d'une maladie évoluant sur le long terme.

Il est possible de mesurer la sévérité des symptômes du syndrome sur les dix derniers jours en utilisant l'échelle IBS-SSS (Irritable Bowel Syndrome Severity Scoring System), aussi appelée score de Francis.

Cette échelle évalue cinq critères :

  • intensité moyenne des douleurs abdominales ;
  • nombre de jours avec des douleurs abdominales ;
  • intensité moyenne de la distension abdominale ou des ballonnements ;
  • satisfaction vis-à-vis du transit intestinal ;
  • impact global des symptômes sur la qualité de vie.

Il est également possible de déterminer le type de trouble du transit en utilisant une échelle de consistance des selles appelée “échelle de Bristol”, allant de selles très dures, caractéristiques de la constipation, à des selles totalement liquides, caractéristiques de la diarrhée.

6. Quelle est la prise en charge ?

La prise en charge est personnalisée et prend en compte chaque personne dans sa globalité. Différentes approches sont possibles afin de soulager la douleur et d’améliorer le confort au quotidien.

  • Antispasmodiques : permettent de réduire les contractions ;
  • Régulateurs de transit : permettent de lutter contre les diarrhées et/ou constipations ;
  • Antidépresseurs : peuvent agir sur les mécanismes de la douleur et de l’hypersensibilité viscérale. Dans le syndrome de l’intestin irritable, leur utilisation vise principalement ces effets sur les symptômes digestifs et douloureux, et ne signifie pas nécessairement que la personne souffre de dépression.
  • Probiotiques : peuvent agir sur les symptômes du syndrome en modifiant le microbiote intestinal. Toutefois, ils ne sont pas tous efficaces.

Une prise en charge psychologique peut être bénéfique en présence de symptômes anxieux ou dépressifs, ou lorsque les troubles digestifs ont un retentissement important sur le bien-être psychologique et la qualité de vie.

  • Les thérapies cognitivo-comportementales permettent de rompre le cercle vicieux entre le stress et le système digestif en réduisant de près de 40 % l'intensité des symptômes douloureux et en redonnant aux patients le contrôle de leur qualité de vie.
  • L’hypnose est l’un des rares traitements à modifier les sensations viscérales. Elle peut soulager la distension abdominale, les troubles du transit ainsi que les douleurs abdominales. Ce traitement est l’un des plus efficaces pour le syndrome de l’intestin irritable.
  • La méditation de pleine conscience a pour objectif de se concentrer sur l’instant présent en observant ses pensées, sensations et émotions. Elle permet ainsi de réduire le stress et par conséquent la douleur.
  • L’activité physique adaptée (APA) peut diminuer les symptômes du syndrome de l’intestin irritable. Elle doit être personnalisée en fonction du type de syndrome de l’intestin irritable.
  • L’éducation thérapeutique vise à informer les personnes concernées sur les causes du syndrome de l’intestin irritable, sur son caractère bénin et sur les différentes pistes pour soulager les douleurs. De ce fait, elle permet de diminuer la sévérité du syndrome de l’intestin irritable et de favoriser des stratégies plus efficaces.

Une autre stratégie est d’adapter son régime alimentaire. Un régime pauvre en FODMAPs (Fermentable Oligosaccharides Disaccharides Monosaccharides and Polyols) peut être proposé. Ce régime consiste à éviter les aliments qui peuvent fermenter dans l’intestin.

Cela implique également une alimentation pauvre en sucres utilisés par l’industrie agro-alimentaire, en lactose, en édulcorants de synthèse, en plats industriels, et aussi en certaines céréales et certains fruits.
Ce régime est toutefois contraignant et difficile à suivre. 

Tenir un journal de son alimentation et de ses symptômes peut aider à identifier d’éventuels liens entre certains aliments et l’apparition ou l’aggravation des troubles digestifs. Cela permet ensuite d’adapter son alimentation en fonction de ses propres tolérances et de mieux gérer ses symptômes.

Des applications peuvent faciliter ce suivi, comme myIBS (suivi des symptômes, des selles, de l’alimentation, du sommeil, du stress et des traitements) ou IBS Coach (suivi des symptômes et accompagnement autour de l’alimentation, notamment du régime pauvre en FODMAPs). Ces deux applications sont toutefois disponibles uniquement en anglais.

7. Que faire pour soulager une poussée ?

En cas de poussée, pour soulager la douleur et l’inconfort, il est conseillé de :

  • se reposer ;
  • s'hydrater pour réduire les ballonnements ;
  • utiliser un coussin chauffant pour soulager les crampes et détendre les muscles ;
  • consommer des aliments peu épicés et faciles à digérer ;
  • pratiquer la respiration profonde, la méditation ou le yoga.

8. Quelles sont les comorbidités fréquentes du SII ?

  • L’APSSII (Association des Patients Souffrant du Syndrome de l’Intestin Irritable) propose des informations, des ressources et un accompagnement aux personnes concernées par le SII.
  • Lien vers myIBS
  • Lien vers IBS coach

Fiche rédigée par Louise Leon, relue par Marion Cahen et Clara Deletoille. Mise en ligne le 15-09-2026.
Sources :