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La dyscommunication chez la personne âgée

1. Qu’est ce que la dyscommunication ?

La dyscommunication désigne une difficulté à communiquer verbalement (parole, langage) et/ou non verbalement (gestes, expressions faciales, mouvements corporels). Les personnes concernées ont par conséquent des grandes difficultés à se faire comprendre. 

Toutefois, cela ne signifie pas qu’elles sont totalement incapables de communiquer. Cela implique plutôt une expression ainsi qu’une compréhension différentes. 

2. Quelles sont ses manifestations ?

Les personnes dyscommunicantes ont des moyens d’expression limités comme des cris ou la répétition de mots ou de phrases sans forcément de signification (écholalie) et peuvent même se renfermer dans le mutisme.

Sur le plan comportemental, la personne peut présenter des changements soudains de comportement face à la douleur ou à d'autres symptômes inconfortables. Ceux-ci peuvent se traduire par une agitation inhabituelle, de l'agressivité, de l'irritabilité ou, à l'inverse, un repli sur soi (apathie).

3. Quelles en sont les causes possibles ?

Plusieurs causes peuvent être à l’origine de la dyscommunication chez la personne âgée.

  • Des troubles neurocognitifs, notamment dans le cadre de maladies neurodégénératives comme les maladies de Parkinson et d'Alzheimer, peuvent altérer progressivement les fonctions cognitives nécessaires à la compréhension et à l'expression.
  • La communication peut aussi être entravée du fait de troubles psychiques et affectifs. En effet, la dépression, la perte de motivation (apathie), la difficulté à initier une action (aboulie), des troubles anxieux et des troubles psychotiques freinent l'envie et la capacité de communiquer. Ces troubles s'auto-entretiennent en accélérant le déclin cognitif.
  • Enfin, les troubles du langage tels que la perte de la compréhension et de la production du langage (aphasie) ainsi que la difficulté pour une personne à trouver ses mots (anomie) sont un frein à la communication. 
    Les troubles de la parole avec l’incapacité d’articuler les mots de façon normale (dysarthrie) peuvent également nuire à l’échange.
    Ces troubles peuvent par exemple apparaître à la suite d’un accident vasculaire cérébral (AVC).
  • Le vieillissement physiologique peut également entraîner des difficultés de communication du fait des troubles sensoriels qu’il peut induire tels que des déficiences visuelles et auditives.

4. Quelles en sont les conséquences ?

Les conséquences touchent directement la santé de la personne concernée.

La dyscommunication altère également les relations avec l’entourage (famille, soignants). Celui-ci reste pourtant fondamental afin de compléter l’évaluation des symptômes et de mieux comprendre leur impact au quotidien.

Un isolement social et un repli sur soi  : face aux échecs répétés pour se faire comprendre, la personne s'enferme dans le silence pour se protéger.

Une altération de la santé mentale : cet isolement provoque une perte de l’estime de soi, un sentiment d’inutilité, de dévalorisation et une souffrance liée au sentiment d'infantilisation (liée au sentiment d’être traité comme incapable de comprendre, de décider ou d’agir par soi-même).

Des troubles du comportement  : l'incompréhension mutuelle et l'impossibilité d'exprimer un besoin peuvent générer une frustration intense, qui peut se traduire par des crises de colère, de l'agressivité ou de l'agitation.

Un risque de non-prise en charge médicale : l'impossibilité d'exprimer des symptômes ou de localiser une douleur peut retarder un diagnostic et conduire à une dégradation de l'état général.

La dénutrition et la déshydratation : l'impossibilité d'exprimer verbalement la faim, la soif, un dégoût alimentaire ou une douleur bucco-dentaire peut conduire à des comportements de refus (bouche fermée, rejet de la cuillère) interprétés comme un manque d’appétit.

L'accélération du déclin cognitif : moins le cerveau est stimulé par les interactions sociales et verbales, plus les fonctions cognitives se détériorent rapidement.

Un syndrome de glissement : dans les cas les plus graves, la rupture de communication et le sentiment d'abandon peuvent faire basculer la personne dans cet état de détérioration globale et de refus de vivre.

Un épuisement et un sentiment d'impuissance : l’impossibilité de comprendre les besoins de la personne âgée crée une barrière relationnelle et une lourde charge mentale pour l'entourage ainsi que pour la personne concernée. Sans clés de lecture pour décoder le non-verbal, les professionnels et la famille se retrouvent en grande difficulté face à des refus de soins inexpliqués. Cela génère des quiproquos répétés, un sentiment d'échec dans l'accompagnement et augmente le risque d'une prise en soin inadaptée.

5. Quelles peuvent être les aides disponibles ?

Certains dispositifs peuvent aider à améliorer la compréhension avec la personne âgée concernée par la dyscommunication.

Cette démarche repose d'abord sur une observation active et continue de la personne dans sa vie quotidienne (repas, repos, activités, accompagnements), afin de décoder ses réactions physiques (crispations, soupirs, retraits) et d'identifier ce qui déclenche son inconfort ou son bien-être. En complément, un entretien avec l'équipe et la famille s'avère indispensable pour connaître les habitudes et préférences de la personne mais également ses sources d’inconfort, lorsqu’elle ne peut plus les exprimer.

La communication par les mots peut se perdre mais reste possible par d’autres canaux. 

Ainsi, l’utilisation du non verbal comme les gestes, le toucher ou encore les expressions faciales peuvent rassurer la personne et permettre un échange adapté. 

Selon les besoins de la personne, le recours à la communication alternative et améliorée (CAA) peut également être envisagé. Elle regroupe différents outils et méthodes permettant de compléter ou de remplacer la parole, tels que les pictogrammes, les photographies, les objets du quotidien, les tableaux de communication ou certaines applications numériques.

Enfin, l’adaptation passe également par l’utilisation de phrases courtes et simples.

  • L'échelle DOLOPLUS-2 : conçue pour évaluer la douleur chez la personne âgée présentant des troubles de la communication verbale.
  • L'échelle ECPA (Échelle d'Évaluation de la Douleur chez la Personne Âgée non communicante).
  • L'échelle ALGOPLUS : Pour le repérage comportemental de la douleur aiguë.
  • L’outil “Comment je me sens ?”: conçu pour une auto-évaluation de la douleur accessible sur le téléphone et la tablette.

Fiche rédigée par Louise Léon et relue par Clara D et Camille R. Mise en ligne le 24-08-2026.


Sources :