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Handicap associé aux fluoroquinolones

1. Qu’est-ce que le handicap associé aux fluoroquinolones ?

Le handicap associé aux fluoroquinolones, traduit de l’anglais Fluoroquinolone-Associated Disability est une pathologie encore peu reconnue, sur le spectre des maladies de système comme l’encéphalomyélite myalgique, la covid longue ou la fibromyalgie. Sa prévalence en France est estimée à 1000 patients.

La physiopathologie de la maladie est, à ce jour, encore peu connue. On peut la diviser en 3 parties :

  • Toxicité mitochondriale, par inhibition de la topoisomérase II, une enzyme impliquée dans la réplication de l’ADN. Cela entraîne une destruction des ADN mitochondriaux, une réduction de la production de l’ATP et une altération des systèmes de détoxification cellulaires. De plus, les fluoroquinolones ont tendance à se fixer aux cations divalents (Ca2+, Mg2+...) et entraînent des carences dans ces ions.
  • Toxicité musculosquelettique, par altération du collagène de type I.
  • Toxicité neuropsychiatrique, par inhibition du GABA et stimulation des récepteurs au NMDA.

Il faut faire attention à ne pas confondre ce syndrome avec le syndrome de toxicité des fluoroquinolones, qui diffère en ce que ce dernier se caractérise par une atteinte d’un seul système, et pas de tous les systèmes comme dans le handicap associé aux fluoroquinolones.

2. Quels sont les symptômes du handicap associé aux fluoroquinolones ?

Les symptômes du handicap associé aux fluoroquinolones sont très variés et comprennent à la fois des troubles du collagène avec anévrysme aortique voire dissection, vascularites, uvéites, arthrites, arthromyalgies, hernies inguinales… ainsi que des troubles neuropsychiatriques incluant des neuropathies périphériques à type de neuropathie des petites fibres, fatigue, brouillard cérébral, troubles cognitifs et mnésiques, hypersensibilité à la lumière et au bruit, troubles du sommeil, céphalées…

On retrouve également des comorbidités fréquemment associées comme le syndrome d’activation mastocytaire, caractérisé par une réaction allergique avec érythème, douleurs abdominales, diarrhées, hypotension, sensation de malaise, tachycardie…) ou le syndrome de Gilbert (augmentation bénigne de la bilirubine libre par déficit enzymatique).

3. Quels sont les critères diagnostiques du handicap associé aux fluoroquinolones ?

Il est important de noter que les critères actuellement définis par la FDA ne font pas l’objet d’un consensus scientifique. Ils sont susceptibles d’évoluer et d’être critiqués avec le temps. Cette fiche d’information ne fait que relater les faits en l’état actuel de la recherche.

La FDA retient alors comme critères diagnostiques :

  • Handicap ressenti dans la vie du patient ;
  • Symptômes dans au moins 2 système parmi : musculosquelettiques, neuropsychiatriques, du système nerveux périphérique, des sens, du système cardiovasculaire et de la peau, sans spécifier le nombre ou la qualité nécessaire au diagnostic ;
  • Présents depuis au moins 30 jours après l’arrêt des fluoroquinolones.

Certains auteurs suggèrent que l’on peut diviser ce diagnostic en deux sous-diagnostics : le handicap associé aux fluoroquinolones aigu (symptômes présents depuis moins de 6 mois) et chronique (symptômes présents depuis plus de 6 mois).

4. Quels sont les traitements du handicap associé aux fluoroquinolones ?

Il faut encore une fois noter que les traitements ne font pas consensus et que ces pistes sont en train d’être évaluées par la recherche. Des guides de traitement plus élaborés arriveront sûrement dans le futur. La liste évoquée ci-dessous est purement indicative de ce qui existe et doit être confrontée à la situation médicale du patient et à l’évaluation du médecin.

  • Suppléments en oligoéléments (magnésium, manganèse, zinc, cuivre…), pour limiter le risque de diabète induit par le handicap associé aux fluoroquinolones.
  • N-acétylcystéine et vitamine B12 pour restaurer le stock de glutathion et limiter le stress oxydatif cellulaire et limiter le brouillard mental.
  • Jeûne intermittent et régime hypocalorique. Ce traitement doit impérativement être initié et suivi par un médecin spécialisé dans le domaine. Il existe de nombreuses contre-indications.
  • Pyrroloquinoline quinone, pour aider à la régénération mitochondriale.
  • Antioxydants (resveratrol, vitamines C, D et E…).
  • L’hydroxyproline aurait un effet sur le renforcement du collagène, mais il existe un nombre insuffisant d’études pour affirmer ce résultat.
  • Agonistes GABAergiques ou L-glutamine pour renforcer l’action du système GABAergique dans le système nerveux central.
  • Naltrexone à faible dose pour limiter la douleur et améliorer l’humeur.
  • Aripiprazole à faible dose pour limiter la fatigue, le sommeil non réparateur et le malaise post-effort.

Take-home messages

  • Le handicap associé aux fluoroquinolones est une maladie rare, peu étudiée, caractérisée par des symptômes multisystémiques dominés par des composantes musculosquelettiques, neuropsychiatriques et cardiovasculaires.
  • Il n’existe aucun consensus sur les critères diagnostiques ou les traitements qui sont, pour le moment, qu’à l’étude.